Entretien avec Yves Svard de l'Auberge le Baluchon.

 ENTREVUE

Les personnes au coeur des affaires

Entretien avec Yves Savard, L’Auberge le Baluchon  

 

L’Auberge le Baluchon, située à Saint Paulin en Mauricie, est une station touristique multi vocationnelle centrée sur la nature, incluant hébergement, gastronomie, santé, massages, et activités de plein air. Crée en 1990, l’établissement a connu un succès incroyable et compte aujourd’hui plus de 200 employés et une capacité d’accueil de 90 chambres. Au delà de ce succès remarquable, c’est l’originalité de sa politique des ressources humaines qui nous a interpellés. Résolus à mettre les gens et non l’argent au coeur de l’entreprise, les fondateurs du Baluchon ne devinaient pas qu’en créant l’Auberge, ils contribueraient à faire du secteur du tourisme le deuxième plus gros employeur de la Mauricie!

 
 À go, on change le monde ! : Pourriez-vous décrire en quelques mots l’Auberge le Baluchon?
 Yves Savard : L’Auberge le Baluchon, c’est avant tout une histoire de passion et d’amour des hommes et de la nature. Nous voulions en créant l’Auberge, crée un lieu qui nous ressemble, animé par nos valeurs, que sont l’amour de la nature, des sports de plein air et des hommes.  
 AGOCLM : Quelle est l’histoire de la création du Baluchon?
 Y. S. : Tout a commencé quand le fondateur Louis Lessard, actuel président du Baluchon, étudiant en biologie, a décidé de traverser tout le Canada jusqu’à Vancouver à vélo, puis de descendre jusqu’au Mexique. Lors de son voyage, il a découvert plusieurs nouveaux types de centres d’activités de plein air qui l’ont marqué profondément. À son retour, Louis était déterminé à créer un groupe pour promouvoir les activités de plein air à Saint Paulin, village dont il est originaire. Et c’est ainsi que naît en 1982, le concept éco plein air Le Baluchon, sous forme d’OBNL. Le Baluchon, c’était alors un club de plein air, proposant des activités extérieures comme la randonnée, le vélo, l’escalade, entre autres.Puis quelques années plus tard, nous avons eu l’idée de créer un pied à terre, où les clients pourraient se retrouver avant ou après les activités. Le concept était très novateur à l’époque, et personne ne croyait qu’il était possible de faire venir des touristes à Saint Paulin!  
 AGOCLM : Quelle est votre recette du succès?
 Y. S. : J’y vois essentiellement quatre facteurs. Premièrement, l’Auberge a su développer une offre globale proposant à la fois des expériences d’hébergement, de restauration et de bien-être. Deuxièmement, une importance équivalente a toujours été accordée tant aux services qu’à l’ambiance. Troisièmement, l’Auberge a été conçue dès le départ comme un mini village engagé dans une démarche de développement durable et de respect de l’environnement. C’est pourquoi, afin de respecter et de mettre en valeur le site de l’Auberge, les fondateurs ont eu le souci de ne pas construire une grande bâtisse, mais plusieurs bâtiments de taille modérée dispersés dans le site. Nous avons également réalisé des activités en partenariat avec Équiterre, et nous proposons des produits équitables à l’Éco-café Au bout du Monde. Enfin, l’Auberge a toujours eu à coeur de mettre les personnes au coeur de l’entreprise, tant nos salariés que nos clients. Pour nous chaque être humain est exceptionnel et doit être traité comme tel.  
 AGOCLM : Comment avez-vous personnellement embarqué dans l’aventure du Baluchon ?

 Y. S. : Au départ, je participais en tant que bénévole, tout en poursuivant mes études à l’université Laval en tant que graphiste. Puis j’ai travaillé quelques années en tant que directeur artistique dans le secteur publicitaire. En 1989, j’ai quitté mon travail pour me consacrer intégralement à l’ouverture de l’Auberge le Baluchon. J’ai suivi la formation MBA à HEC Montréal durant mes fins de semaines, et pour les reste des compétences, j’ai appris sur le tas.

 AGOCLM : Quelles sont les valeurs de l’entreprise ?
 Y. S. : Nous avons comme mission de surprendre nos invités. Pour ce faire, nous voulons concevoir des ambiances d’apaisement, d’inspiration et d’évocation en harmonie avec la nature environnante. Nous voulons aussi présenter des expériences sous l’angle de découvertes diversifiées, raffinées et authentiques. Nous tenons à nous distinguer par notre accueil personnalisé et chaleureux. Nous visons également à faire la promotion de notre patrimoine culturel et à transmettre à nos invités notre attachement et notre respect pour la nature afin qu’ils nous accompagnent sur la voie du développement durable. Pour réaliser cette mission, nous orientons l’ensemble de nos stratégies de développement en fonction de valeurs élaborées et consenties par toute l’équipe, qui sont : le respect, l’engagement, la créativité et la responsabilité proactive en matière d’environnement. Nous croyons que nos gestes, nos activités et nos services ont une incidence sur les individus, sur les collectivités environnantes et sur l’économie tant régionale, nationale que mondiale.  
 AGOCLM : Pourriez-vous nous décrire les éléments innovants de votre politique de ressources humaines ?
 Y. S. : L’Auberge est une entreprise très participative. Il y règne une philosophie de partage, de collégialité, avec très peu de hiérarchie. Durant les premières années suivant la création de l’Auberge, nous n’avons pas vraiment mené de réflexion sur l’équipe de travail, car nous étions concentrés sur notre développement.Puis très rapidement, nous avons décidé de créer un comité social, comité très dynamique avec une ambiance résolument familiale et composé du vice-président, du gestionnaire des ressources humaines ainsi que d’un représentant par département (produit, ressources humaine, budget, gastronomie, confort client, spa, réception). Nous avons ensuite crée un comité de bonne entente et des groupes de références.  
 AGOCLM : Quels sont les rôles du comité de bonne entente et des groupes de référence?
 Y.S. : Le comité de bonne entente a pour mission de permettre un échange constructif entre la direction et les employés afin d’améliorer les conditions de travail et de vie de tous les membres de l’équipe. Ce comité est composé de 2 membres de la direction (un seul droit de vote) ainsi que d’un représentant par département. Ensemble, les membres du comité de bonne entente échangent sur des sujets tels que les relations entre employés, la santé, la sécurité, la rémunération, les avantages sociaux, la formation et le perfectionnement et ce dans un climat de partage et de transparence.Concernant les groupes de référence, ils sont composés de personnes volontaires et se réunissent 4 à 6 fois dans l’année. Les membres y soulèvent les problèmes liés à l’organisation du travail, à la satisfaction de la clientèle, ou encore à la reconnaissance et, surtout, ils proposent des solutions simples et créatives en vue de les régler. L’idée est simple : avoir du plaisir en travaillant ! Nous n’hésitons donc pas à mettre du piquant dans l’animation des groupes de référence en choisissant un lieu de rencontre inhabituel, en organisant un repas, en y ajoutant un jeu qui fait appel à la créativité des participants, en faisant une sortie plein-air, etc..  
 AGOCLM : Concrètement, qu’est-ce que vous faites pour reconnaître et valoriser les employés?
 Y. S. : Pour le Baluchon, la reconnaissance des employés est extrêmement importante. Nous avons lancé cette année la forêt de la réussite, ou chaque employé plante un arbre une fois qu’il a passé la première année avec nous. La symbolique de l’arbre est très importante : une fois planté, l’arbre grandit, et se développe, comme l’employé dans son milieu de travail.Nous avons également crée le « clin d’oeil au quotidien ». Nous encourageons nos employés à observer leurs collègues et à consigner, sur un tableau dédié, les gestes positifs qu’ils ont remarqués. Nous avons établi 5 catégories de geste positif : « le client d’abord », « le geste vert », « l’engagement », « la créativité » et « le geste qui fait ma journée ». Un geste de chaque catégorie se voit récompensé lors de la soirée de reconnaissance annuelle.La politique est donc innovante dans le sens ou elle place les gens au coeur de l’entreprise. Mais pour que ça marche, les valeurs doivent être dans le coeur du gestionnaire. Je dis toujours à ce sujet : « la parole ça stimule mais l’exemple, ça entraîne ! ».  
 AGOCLM : Pouvez-vous mesurer les impacts de cette politique ?
Y.S. : Pour preuve que le Baluchon est une entreprise ou il fait bon travailler, 15 de nos 20 employés au démarrage sont encore présents. Il règne au Baluchon un fort sentiment d’appartenance et le taux de roulement est inférieur à celui du marché.  
 AGOCLM : Quel conseil donneriez-vous à un entrepreneur qui se lance en affaires ?
 Y. S. : Tout est possible quand on part en affaires. On peut atteindre des résultats vraiment surprenants si on aime passionnément ce que l’on fait. La passion peut compenser beaucoup de choses : elle apporte de l’énergie, elle palie le manque de connaissance, elle permet d’être présent à 150%. Et j’ajouterai qu’il faut toujours être en accord avec ses valeurs. Au Baluchon, nous avons toujours voulu maîtriser notre croissance, car nous ne sommes pas partis en affaires par appât du gain, mais bien parce que nous voulions une entreprise qui nous ressemble, qui ait du sens, et le faire avec passion.
 
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